Comme indiqué sur ma page Facebook (https://www.facebook.com/cellequilie), les 21 et 22 mars derniers, je suis montée à Paris pour participer aux 1ères Assises de la Biographie organisées par Aleph (https://assisesdelabiographie.aleph-ecriture.fr/). Deux jours d’immersion parmi presque 200 biographes de France (+ Suisse, + Belgique, + Canada). Nous avons assisté à des conférences, des tables rondes et intégré des ateliers participatifs en petits groupes.
Avoir participé à ces Assises m’a fourni de la matière pour un certain nombre d’articles. Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler, comme le titre de cet article le dit, de la dimension thérapeutique rencontrée dans ma pratique en tant que biographe. Ce sont de bien grands mots pour aborder un sujet, somme toute, assez simple : au cours de la rédaction d’une biographie, le narrateur ou la narratrice interrogé·e peut éventuellement se retrouver plongé·e dans une lecture thérapeutique de sa vie.
Une dimension thérapeutique pas systématique et certainement pas obligatoire
Cette optique thérapeutique ne s’impose pas dans le cadre du contrat. Je ne suis pas thérapeute, ne vise pas à le devenir et prends bien soin de prévenir les narrateurs/narratrices de cette notion essentielle. En outre, cette vision thérapeutique de la biographie n’apparaît même pas à tous les coups lors de la construction du livre, car elle n’en constitue pas l’objectif premier.
Au cours de l’élaboration de son témoignage, la personne qui se raconte va retracer son parcours de vie. En relisant son évolution sous un certain angle et avec du recul, elle va pouvoir se rendre compte de tout ce qu’elle a traversé. Ce processus de relecture va, parfois, lui apporter un apaisement. De temps en temps, ce soulagement pourra ouvrir la voie vers un espoir de guérison de ses maux par ses mots.
Le non-rôle de l’écrivain-biographe dans ce processus éventuellement thérapeutique.
Comme je l’ai écrit plus haut, je ne suis pas thérapeute. Cette forme d’auto-thérapie possible qui apparaît lors d’une biographie n’émane donc que de la personne qui se confie. De mon côté de professionnelle de l’écriture, je procède avec une extrême prudence face à ce matériau si sensible qu’est la psyché humaine. Je m’assure notamment de :
- Rester dans la bienveillance et le non-jugement.
- Laisser l’espace nécessaire au narrateur/à la narratrice pour souffler quand la personne est remuée par ses réminiscences.
- Respecter le rythme auquel les souvenirs sont transmis. Toutes les données ne remontent pas à la surface instantanément. Certaines parties de la mémoire restent dans l’ombre jusqu’à ce que le temps soit venu pour elles d’être revisitées.
- Conseiller à la personne de ne pas rester isolée face à sa détresse, sa souffrance. (Voir des ami·es et/ou des professionnel·les de l’accompagnement humain.)
Le kintsugi
Une dimension thérapeutique se révèle donc parfois quand on fait rédiger sa biographie (ou quand on la rédige soi-même, cf. cet excellent article de psychoplume https://psychoplume.com/autobiographie-therapeutique/). Pour moi, en tant que biographe, ce n’est pas l’objectif visé. Le travail thérapeutique ne concerne que le narrateur/la narratrice. Par contre, comme l’évoquait Valéria Milewski (https://passeur-de-mots.fr/) lors d’une table ronde pendant les Assises, on peut envisager la démarche de se raconter comme une forme de kintsugi : sur une poterie brisée, on peut appliquer une laque mêlée, notamment, à de la poudre d’or pour relier tous les morceaux et obtenir un résultat magnifié. Je vous souhaite à tous et à toutes d’être à vous-même votre œuvre de kintsugi.







