Quand j’écris une biographie, je poursuis un objectif principal : que le texte reflète la personnalité du narrateur ou de la narratrice. Cela passe par le fond (le contenu, le sens, les opinions…), mais aussi par la forme (les mots choisis, les temps utilisés, la rythmique des phrases…). Aujourd’hui, je voudrais faire un arrêt sur image pour vous parler du temps majoritairement utilisé dans mes biographies : le passé.
La variété de langage
Imaginons une frise chronologique : pour simplifier, nous pourrions être tenté⋅es d’effectuer un découpage temporel en passé/présent/futur. Heureusement, nous avons la chance d’avoir une langue française très riche, notamment au niveau des temps et des modes qu’il est possible d’utiliser. Dans mes biographies, je peux m’amuser avec ceux-ci : l’imparfait, le subjonctif imparfait, le plus-que-parfait, le subjonctif plus-que-parfait, le passé simple, le passé composé, le conditionnel passé, le subjonctif passé, le passé antérieur, le présent, le subjonctif présent, le futur proche, le conditionnel présent, le futur simple, le futur antérieur. Bien sûr, je peux y rajouter des impératifs, des participes passés ou présents, ainsi que des infinitifs selon les cas.
Ne vous laissez pas impressionner par cette liste, qui vous rappelle peut-être les leçons de grammaire de votre enfance. Comme je l’ai dit, mon but, en rédigeant une biographie, c’est que le texte ressemble à la personne qui se raconte. Je ne vais donc pas utiliser un langage recherché si la personne ne l’utilise pas de son côté. Simplement, gardez à l’esprit que ces temps différents sont autant de nuances qui vont apporter de la richesse au texte.
La concordance des temps
L’autre raison pour laquelle j’utilise toute une variété de temps, c’est que la langue française nous offre justement cette merveilleuse notion de la concordance des temps. Au sein d’une phrase complexe, il s’agit de tout un ensemble de règles qui sert à définir quel temps employer à quel moment. Quand on l’utilise, on s’aperçoit vite que la concordance des temps a été pensée pour les temps passés : elle renforce encore la richesse de ce qu’il est possible d’exprimer, simplement en faisant varier les temps entre la proposition principale et la proposition subordonnée.
Le passé comme base du récit
Quand une personne raconte son histoire, elle le fait majoritairement au passé. Il est vrai que, de temps à autre, un passage particulièrement vivant peut nécessiter un passage au présent pour être mis en relief. Le présent peut également être utilisé pour indiquer une opinion actuelle du narrateur ou de la narratrice sur une situation passée. Mais la grande majorité des personnes font leur récit au passé et, pour leur ressembler, je trouve pertinent d’ancrer leur texte dans cette phase temporelle. Ensuite, comme le temps des évènements et le temps du récit sont bien distingués, je peux utiliser le présent pour faire ressortir des éléments particuliers.
La temporalité comme révélatrice du point de vue de la personne
Le choix du temps n’est pourtant pas simplement une question de grammaire ou de respect de l’expression orale du narrateur ou de la narratrice. Car, si une biographie raconte le passé, elle n’est pas pour autant un récit figé du passé. À l’intérieur d’une même vie, il y a lieu de distinguer plusieurs temporalités : ce qui est advenu, ce qui avait déjà eu lieu à ce moment-là, ce qui était en train de se produire, ce qu’on imaginait alors, ce qu’on aurait voulu, ce qu’on sait aujourd’hui de ce qu’il s’est passé, etc. Tout cela mis ensemble donne à voir comment la personne a vécu les évènements qui ont traversé sa vie. En utilisant tout le panel des temps à ma disposition, je peux mieux rendre compte de la complexité de la vie d’une personne.
Le passé n’est donc pas pour moi simplement le temps de la nostalgie ou celui des événements révolus. C’est toute une architecture narrative qui permet de restituer la manière dont une personne a vécu son histoire, tout en laissant apparaître le regard qu’elle porte aujourd’hui sur celle-ci. Parce qu’au fond, écrire une biographie, c’est aussi cela : trouver, pour chaque histoire, les mots, les rythmes… et les temps qui lui ressemblent.





