Exemples de récit

Extrait d’ouvrage

Bonjour à tous et à toutes !

Je vous propose de revenir sur une biographe que j’ai rédigée en 2019 pour Svetlana Serigny (http://brain-injury-hope.com/). Ce livre commence par un drame : le fils de 4 ans de Svetlana, Marc, s’écroule au milieu de l’après-midi et son cœur cesse de battre. Comment ? Pourquoi ? Les parents n’en ont pas la moindre idée, mais ils ne se posent pas de question : ils commencent immédiatement les premiers soins pour sauver leur fils.

Trois ans plus tard, Svetlana est venue me conter cette histoire. Pendant 10 heures au total, nous avons évoqué ce qui a suivi : la réanimation de Marc, ses multiples opérations pour soigner son syndrome cardiaque rare et son combat pour retrouver chaque jour un peu plus de ses facultés.

C’était un récit touchant et plein de force. Aujourd’hui, avec l’accord de la narratrice, je vous invite à en lire le premier chapitre…

Bonne lecture !


L’année 2016 venait de commencer. Nous avions passé les fêtes en famille : un joyeux Noël, puis le Nouvel An… Marc était alors en moyenne section, et l’école avait repris son cours au début de la semaine. Puis, le samedi est arrivé, et nous avons décidé de nous rendre à Max Aventure, une plaine de jeux couverte située dans l’enceinte du stade des Alpes.

Rien d’inhabituel : Marc connaissait bien les lieux, il y avait même fêté son quatrième anniversaire avec tous ses copains ! Aux environs de treize heures trente, je suis allée prendre un café. Jean-Marc a accompagné notre enfant au toboggan, puis est venu me retrouver, un grand sourire aux lèvres. Fier de son fils, il a claironné : « Il est devenu grand, notre Marc ! Il gère super bien au toboggan ! »

Là-dessus, peut-être prise d’un mauvais pressentiment, j’ai demandé : « Mais où est Marc ? » D’habitude, il montait et descendait le toboggan à toute vitesse, nous ne le perdions de vue que le temps qu’il fasse le tour pour y remonter. Mais là, notre fils restait invisible ! J’ai commencé à courir le long des structures de jeux pour le retrouver, sans succès. Jusqu’à ce que j’ai le réflexe de lever les yeux vers les écrans de surveillance, et que je distingue une forme allongée, immobile, dans le couloir en mousse d’une des structures… Marc ! Je suis montée le rejoindre à toute allure et, une fois à sa hauteur, j’ai vu ses yeux se révulser. J’ai hurlé, remplie d’une soudaine panique ! Jean-Marc est arrivé juste derrière moi. Je lui ai dit que nous ne pouvions pas laisser Marc dans ce passage si étroit. Il l’a alors tiré et poussé comme il a pu pour le dégager du couloir. Une fois notre fils hors du tube, il l’a ensuite porté vers un endroit où des matelas étaient posés à même le sol.

Notre premier réflexe a été de pratiquer sur Marc la manœuvre de Heimlich, car nous pensions qu’il s’était étouffé avec un bonbon ou un petit objet quelconque. Mais je me suis aperçue que Marc avait des traces de vomi sur la bouche, en plus d’être totalement inerte, et j’ai stoppé mon mari dans son action. Entre-temps, alertée par nos cris communs, la directrice du centre, Cécile, est arrivée en courant et, grande chance, elle avait été formée aux premiers secours dans le cadre de son travail ! Son premier réflexe a été d’attraper le poignet de Marc. Quand elle a constaté qu’il n’avait pas de pouls, elle a immédiatement entamé un massage cardiaque. En parallèle, elle m’indiquait le rythme pour pratiquer le bouche-à-bouche. Le SAMU a été appelé dans la foulée, et a gardé Cécile en ligne pour la guider dans la procédure. À aucun moment, nous n’avons cessé le massage cardiaque, ni le bouche-à-bouche…

Cinq minutes…

Pendant ce temps, alors même que je participais activement à la réanimation, j’avais l’impression d’être ailleurs, comme si je regardais l’action de plus loin, sans être vraiment là. Pourtant, j’étais bien là… La seule chose qui tournait en boucle dans ma tête, c’était : « Si mon fils doit mourir, je veux mourir avec lui, je ne veux pas rester sur Terre sans lui, je ne peux pas ! »

Dix minutes…

Jean-Marc pleurait, en proie à la panique la plus totale. J’essayais tant bien que mal de garder la tête froide, alors je lui ai dit d’aller attendre l’ambulance dehors pour montrer le chemin à l’équipe médicale.

Quinze minutes…

Mon mari a rencontré des militaires de l’opération Sentinelle une fois à l’extérieur et il leur a demandé de l’aide. Ils sont venus et ont pris le relais pour le massage cardiaque et le bouche-à-bouche. L’officier a voulu m’éloigner dans un premier temps, mais j’ai refusé. Je lui ai dit que j’étais la mère de Marc, et il n’a pas insisté.

Vingt minutes…

Le SAMU est enfin arrivé ! Les urgentistes ont alors intubé Marc et lui ont insufflé de l’oxygène au ballon. Puis, ils l’ont placé dans l’ambulance. Le médecin en charge de l’équipe a juste eu le temps de m’adresser ces quelques mots : « Madame, je ne vais pas vous cacher que votre fils est dans un état très grave. »

Allongé sur le brancard, notre fils semblait mort…

Le cœur pétri d’angoisse, mon mari et moi avons été installés à l’arrière d’une deuxième ambulance, suivant de près le véhicule d’urgence emmenant notre fils. Direction : le CHU Nord.


Vous avez aimé ? Vous trouverez la suite ici.

Exemples de récit

Pour bien finir l’année

Tiens, que vois-je ?

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Mais oui ! C’est une nouvelle biographie imprimée !

377 pages en format A5, soit 3 fois le volume d’une biographie classique. Tirée à 20 exemplaires pour l’entourage immédiat de la narratrice.

Livraison prévue pour le 18 décembre… Une très belle manière de finir l’année pour partir sur de nouveaux projets en 2020 🙂

Exemples de récit

Le jour où j’ai décidé de partir marcher

Aujourd’hui, je souhaitais vous parler de ce livre, pour lequel je n’ai agi qu’en relecture-correction : Le jour où j’ai décidé de partir marcher, Journal initiatique d’une jeune femme sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, un récit autobiographique par Raphaëlle Meyer.

Outre le fait que l’auteure soit très sympathique, son récit est authentique, vivant, et son cheminement donne à réfléchir. Tout est dans le titre et, en même temps, si peu. En parcourant les chapitres, vous pourrez marcher avec elle et découvrir ce qui l’a marquée au cours de son avancée sur ce chemin mythique. Difficile d’en dire plus sans trop en révéler : je vous laisse voir par vous-même… 🙂

Le jour où j’ai décidé de partir marcher: Journal initiatique d’une jeune femme sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

Exemples de récit

Féminin Malher, le replay de France 5

Je vous parlais ici de cette histoire de naissance prématurée qui m’avait beaucoup touchée. Aujourd’hui, vous pouvez voir l’auteure du livre faire une apparition dans les Maternelles, sur France 5. La vidéo dure cinq minutes, et c’est plaisant à voir. 🙂

https://www.youtube.com/watch?v=CjIrPnG866c

 

Exemples de récit

Féminin Malher, histoire d’une naissance prématurée

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un livre que je n’ai pas écrit. Une histoire vraie, comme je les aime !

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Féminin Malher, histoire d’une naissance prématurée

Ce livre a été écrit et illustré par Anne Malher, maman de la petite Agathe, née à sept mois de grossesse dans des conditions dramatiques. Sous une forme mixant la BD et le roman graphique, cette illustratrice de profession raconte les premiers mois de vie de sa fille avec une grande tendresse. Les tâches d’aquarelle qui servent d’arrière-plan à ses dessins font ressortir toutes les émotions qui l’ont traversée durant cette période. Vous l’aurez compris, je vous le recommande !

La campagne de crowdfunding, à laquelle j’ai participé, est terminée. Vous pouvez à présent vous procurer le livre sur le site des éditions Pourpenser : https://www.pourpenser.fr/ados-adultesdes-9-ans/482-feminin-mahlernaissance.html

Bonne journée et bonne lecture !

Exemples de récit, Mon métier adoré

Marc L’invincible

Bonjour !

Dans cet article, je vous expliquais qu’il m’arrive d’écrire des ouvrages qui ont vocation à être diffusés au plus grand nombre.

Je viens justement de finaliser le livre qui relate l’histoire de Marc L’invincible, un petit garçon victime du syndrome de Wolff-Parkinson-White, une maladie rare qui n’a pas été diagnostiquée à temps car il n’en présentait aucun symptôme… jusqu’à ce qu’il s’écroule d’un arrêt cardiaque à l’âge de quatre ans.

Les parents de Marc lui ont prêté leur voix, et je leur ai, à mon tour, prêté ma plume, pour décrire les épreuves qu’ils ont traversées. Beaucoup, beaucoup d’émotion dans ce livre !

Je vous invite à découvrir cette biographie sur Amazon, en version e-book ou en version imprimée : https://www.amazon.fr/dp/B07Y4KC5S1?ref_=pe_3052080_397514860

Lisez, partagez, commentez et parlez-en autour de vous ! Tous les bénéfices serviront à payer les soins médicaux de Marc, ainsi qu’à financer la traduction du livre en langue anglaise, pour une diffusion au plus large.

2019-07-18-1ère-couverture-SSP-V2-EBOOK

 

Merci encore à la famille de Marc pour leur confiance dans ce projet.

Markousha vaincra !

 

 

 

Exemples de récit, Mon métier adoré

Un projet achevé…

La livraison dont je vous parlais dans l’article précédent s’est très bien déroulée. J’ai remis les cinq exemplaires commandés à la fille de la narratrice, ma cliente. Nous avons discuté de l’ouvrage, de la santé actuelle de sa maman, et de choses et d’autres. C’est vraiment un plaisir de se rendre compte qu’au-delà du travail en lui-même, les relations qui se construisent en filigrane sont également porteuses de sens… et de joie !

J’ai reçu l’autorisation de vous montrer la couverture du livre (anonymée). Et j’ai même eu droit à une petite dédicace !!!

1ère-couverture-GM-anonyméeDédicace-biographie

Exemples de récit

Fiction généalogique, le texte

Voici le texte finalement rédigé sur Marie, dont je vous avais parlé dans cet article : Fiction généalogique, les coulisses

Il s’agit d’un récit relativement court, car le but n’était pas d’éditer un ouvrage distinct,  mais d’intégrer le texte dans un livre reprenant les photos d’une cousinade.


01/04/1906, au large de Suez

« Marie !… Marie !… »

Marguerite secoue sa sœur pour la réveiller. Mais la jeune fille a le sommeil lourd…

« Marie ! »

Marguerite se saisit du broc d’eau posé à côté de la cuvette et le renverse sur la tête de sa jeune sœur. Ce genre de choses est toujours radical.

Des éclairs de colère illuminent les yeux de la jeune fille trempée, à présent dressée sur son séant mais, à l’expression de Marguerite, elle comprend vite que le geste était justifié, et cela achève de la réveiller complètement.

« Marie, Firmin est très malade, le médecin de bord veut le faire débarquer à Suez pour qu’il soit soigné à l’hospice. Vite, rassemble tes affaires, réveille les enfants et préparez-vous à descendre à terre. Je m’occupe de Firmin et de nos affaires. »

Marie hoche la tête. Au repas, elle avait bien remarqué la couleur de peau maladive de son beau-frère…

04/04/1906, hospice de Suez

Firmin est décédé dans la nuit. Après avoir débarqué du bateau, on les a orientés vers l’hospice des Sœurs du Bon Pasteur. Mais, malgré les bons soins des sœurs, son beau-frère a succombé. Pendant que Marguerite s’occupe des formalités relatives au décès de son époux, Marie s’occupe de René, son neveu de neuf mois, à présent orphelin de père, et d’Eugénie, leur plus jeune sœur à Marguerite et elle.

10/04/1906, Suez

« Comment ça, je dois rester ici ??? Je veux rentrer à Saïgon avec vous !

– Marie, je t’ai déjà expliqué que c’est impossible ! Tu sais que je n’ai pas accès aux fonds de Firmin, et il me reste tout juste assez pour rentrer à Saïgon avec René et Eugénie. Tu es la plus âgée, je te confie aux sœurs de l’hospice en attendant de toucher ma pension de veuvage pour te ramener. »

Tout s’effondre autour de Marie. Comment peut-elle rester seule dans un pays étranger à quinze ans seulement ?

22/08/1906, Saïgon

« Bonjour, Monsieur, je venais voir si ma pension de veuvage avait été arrêtée.

– Ah oui, Madame M ! Je l’ai vue passer ce matin. Voilà, vous avez droit à mille deux cent francs par an. Ce droit est rétroactif à partir du lendemain du décès de feu Monsieur M.

– Mille deux cent francs par an ? Mais je… Enfin, c’est une somme ridicule pour vivre avec mon fils. Cent francs par mois, vous imaginez ? N’y a-t-il pas une erreur ?

– Non, Madame, je regrette, pas d’erreur. L’autre moitié de la pension est dévolue aux enfants du premier mariage de Monsieur M.

– Quel premier mariage ? »

21/01/1907, Suez

« Vous m’avez demandé, ma sœur ?

– Oui, Marie, entrez et asseyez-vous. »

Marie prend place sur une chaise inconfortable pendant que Sœur Mila feuillette un dossier pour en sortir un courrier.

« Marie, j’ai reçu une lettre de votre sœur Marguerite, qui vous a confiée à nous. Je n’irai pas par quatre chemins. Elle indique dans sa missive qu’elle ne pourra plus continuer à payer les cinquante francs mensuels qui payaient votre pension chez nous. Or, nous ne pouvons pas nous permettre de vous accueillir gracieusement. »

Marie est mortifiée, elle sent les larmes qui menacent dangereusement de s’écouler. Que va-t-on faire d’elle ? Elle arrive toutefois à conserver assez de contenance pour murmurer :

« Où vais-je aller, ma sœur ? Je ne connais personne à Suez, à part les bonnes sœurs de l’hospice…

– Allons, allons, reprenez-vous, jeune fille ! Nous ne sommes pas sans cœur, ce serait même contraire aux valeurs de l’hospice que de vous demander de partir. Non, simplement, nous allons vous demander de payer, à la place de votre sœur, votre présence parmi nous, en effectuant les tâches ménagères. Vous laverez les sols, les vitres, ferez la vaisselle, aiderez à la cuisine, à la blanchisserie, à la couture, au cirage des chaussures… »

16/05/1908, Saïgon

« … et voilà toute l’histoire, Monsieur le Gouverneur, c’est pourquoi je vous supplie aujourd’hui d’intervenir pour obtenir le rapatriement de la jeune Marie et…

– Du calme, Monsieur Dürwell, du calme ! Vous avez bien plaidé votre affaire, n’en doutez pas. Du reste, votre renommée au sein du Service de Protection de l’Enfance suffisait largement à me faire intervenir. Je vais rédiger une missive sur le champ pour demander au Chargé d’Affaires de France au Caire les modalités de rapatriement de la jeune fille. »

09/06/1908, Suez

« Bonjour, Marie. »

Marie lève les yeux de son ouvrage, interloquée. La plupart du temps, les sœurs ne s’embarrassent pas d’un « bonjour ». De plus, à l’hospice, il n’y a généralement pas d’homme, hormis les patients et les jeunes orphelins.

L’homme qui se tient devant elle est bien habillé, légèrement bedonnant, ne manquant visiblement de rien dans la vie. Homme d’affaires ? Officier en civil ? Gouvernement ?

« Marie, je suis le Chargé d’Affaires de France au Caire. »

Gouvernement, donc.

« Il a été porté à ma connaissance que tu vis à Suez, séparée de ta famille depuis plus de deux ans. Est-ce que je m’adresse bien à la bonne personne ?

– Oui, Monsieur. Ma sœur Marguerite n’a pas pu me ramener à Saïgon après le décès de son mari.

– Bien, simple vérification. Marie, je dois maintenant te poser la question suivante : souhaites-tu rentrer à Saïgon ? »

Marie se fige. Durant la dernière année, elle n’a que trop entendu les sœurs médire de la sienne, disant qu’elle l’avait abandonnée, et elle n’a que trop rêvé que sa sœur fasse parvenir à Suez l’argent de son retour pour clouer le bec à ses mégères. Mais rien n’arrivait jamais… Marie baisse les yeux, déchirée.

Percevant son trouble, l’homme se rapproche d’elle.

« Marie, est-ce que tout va bien ? Es-tu bien traitée ici ? »

La jeune fille ferme les yeux : elle connaît par cœur à présent le travail de l’aube jusqu’à la nuit, avec des nuits bien trop courtes pour s’en remettre. Les sœurs lui disent tous les jours d’arrêter de rêver. Mais cet homme, le Chargé d’Affaires de France présent dans la pièce, est bien réel. Alors, elle saisit sa chance.

« Oui, Monsieur, je souhaite plus que tout rentrer à Saïgon.

– Bon, je vais en informer le gouvernement d’Indochine. Je ne peux pas te promettre que ce sera rapide, mais nous allons trouver une solution. »

10/09/1908, Port-Saïd

« Marie R ?

– Oui, Monsieur.

– Bien. Comment s’est passé le trajet depuis Suez ? Pas trop chaud ?

– Non, Monsieur. Tout s’est très bien passé, Monsieur.

– Bon, tant mieux. Marie, le paquebot que tu vois là s’appelle Le Tonkin. Il appartient aux Messageries Maritimes, et j’en suis le capitaine. Tu seras sous ma responsabilité durant tout le voyage. »

L’homme en uniforme, plein de prestance, plisse les yeux dans le soleil faiblissant et observe la jeune fille.

« Hmmm… J’avais prévu de te faire une leçon pour t’expliquer comment bien te comporter avec les passagers du bateau, mais je vois que tu as reçu une bonne éducation, ce ne sera pas la peine. Attends-moi là, je règle quelques affaires avec l’intendant, puis je te montrerai ta cabine. »

L’homme s’éloigne.

Alors, Marie, dix-sept ans, peut enfin se tourner et contempler longuement le bateau qui la ramènera à Saïgon après plus de deux ans d’absence.

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres. Enfin, elle rentre chez elle…

Exemples de récit

Fiction généalogique, les coulisses

Vous le savez, mon métier nécessite une confidentialité rigoureuse, ce qui fait que je ne peux pas vous en parler ouvertement dans la plupart des cas. C’est normal, puisque les personnes dont j’écris l’histoire, narrateurs et narratrices, sont fort heureusement en vie, et leur famille aussi. Leur biographie reste donc dans la sécurité et l’affectivité du cercle familial.

De temps en temps, cela dit, se présente un ouvrage à porter à la connaissance d’un plus large public, dont je peux alors vous faire part, une fois le livre publié. Aujourd’hui, ce n’est pourtant pas d’une telle œuvre que je souhaite vous entretenir. Voyez-vous, à une occasion, j’ai notamment  été contactée pour écrire au sujet d’une personne décédée. Elle s’appelait Marie, et il ne s’agissait pas de rédiger son éloge funèbre, mais de donner du relief à sa vie ou, pour parler plus précisément, à un passage très particulier de sa vie. Sachant que le passage concerné a eu lieu entre 1906 et 1908, personne ayant connu notre héroïne n’est encore en vie. Comment faire, dès lors, pour écrire sur Marie ?

Dans un premier temps, j’ai requis plus de détails sur l’épisode à raconter :

Marie, jeune fille de quinze ans, accompagne sa sœur, son beau-frère, leur fils, et sa plus jeune sœur, sur un paquebot au départ de Saïgon et à destination de Marseille. Arrivés au niveau du Canal de Suez, le beau-frère décède. Sa femme n’a pas accès à ses fonds et n’a que ce qu’elle possède sur elle pour rentrer au Vietnam. Cela représente les voyages de retour pour elle et les deux enfants, mais il ne reste plus assez pour le transport de Marie. Celle-ci est alors confiée aux Sœurs du Bon Pasteur à Suez, dans l’attente d’un rapatriement ultérieur. Marie restera finalement deux ans à Suez avant de pouvoir rentrer à Saïgon…

À ce stade, j’ai visualisé l’importance du traumatisme subi par la jeune fille et j’ai compris pourquoi il était nécessaire de lui donner une voix en lui prêtant ma plume. Maintenant, je voudrais vous raconter comment j’ai procédé pour lui insuffler un peu de vie.

J’ai reçu les documents suivants pour étayer mon travail :

  • Un acte de décès,
  • Une attribution de pension de veuvage,
  • Des échanges de courrier et de télégrammes entre le Gouverneur Général d’Indochine, le Chargé d’Affaires de France au Caire, le Lieutenant-Gouverneur de Cochinchine, et le Président de la Société de Protection de l’Enfance en Cochinchine,
  • Un arbre généalogique,
  • Des récits d’une petite nièce de Marie, basés en partie sur les souvenirs de sa propre mère. Cela m’a donné un éclairage sur l’un des protagonistes de l’histoire, même si ce n’était pas sur Marie elle-même.

Priorité : remettre en ordre la chronologie de tous ces éléments. Grâce à cela, j’ai obtenu une trame sur laquelle baser mon histoire. Ensuite, j’ai procédé à quelques recherches de mon côté, grâce à la magie d’internet. J’ai notamment trouvé quelques pistes sur l’installation du Couvent du Bon Pasteur à Suez. J’ai aussi identifié les paquebots circulants sur le trajet Vietnam-France à l’époque. Heureusement, il y en avait peu ! J’ai ainsi pu identifier un navire plausible à intégrer dans mon récit.

Puis, j’ai laissé fuser mon imagination…

Texte à suivre dans deux jours.