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Écrivain-biographe : un métier aux multiples appellations

Écrivain-biographe, biographe familial, prête-plume… Vous vous demandez peut-être quel est le nom exact de mon métier. Bonne nouvelle : toutes les réponses sont bonnes ! Ces termes sont équivalents, et chaque professionnel de la biographie privée choisit celui qui lui semble le plus juste.

Pourquoi tant d’appellations distinctes ?

Peut-être que vous vous êtes déjà posé la question : « Qui pourrait m’aider à écrire mon histoire ? » Et peut-être que vous ne saviez pas qu’un métier existait pour cela…

En réalité, le métier que j’exerce est relativement récent. Écrire une biographie destinée aux proches d’une personne n’est devenu une profession que dans la seconde moitié du XXe siècle. Aujourd’hui encore, la pratique est « en cours de structuration ». Les différent⋅es professionnel⋅es qui accompagnent l’écriture de récits de vie pour des particuliers (souvent dans l’idée d’écrire leur vie ou de la transmettre) n’ont pas atteint de consensus quant à la manière de se désigner.

Ce n’est d’ailleurs pas le plus important. Si vous êtes arrivé⋅e sur ce site sans savoir à quoi vous attendre, l’essentiel est plutôt de faire la distinction entre le métier de biographe familial et d’autres professions dont les pratiques sont proches :

  • un biographe, qui écrit le plus souvent sur des personnalités publiques, à partir d’un travail de recherche ;
  • un écrivain public, qui peut se spécialiser dans la biographie, sans que ce soit systématique ;
  • un biographe hospitalier, dont l’activité s’inscrit dans un contexte de soin spécifique.

Par ailleurs, ma profession se trouve à la croisée de plusieurs pratiques :

  • le métier d’écrivain, où l’auteur n’écrit que pour lui-même ;
  • le métier de biographe, comme je l’écrivais plus haut, où l’auteur va s’attacher à raconter la vie d’un personnage illustre, souvent à titre posthume ;
  • le métier d’écrivain public, car il nous arrive de rédiger l’autobiographie d’une personne qui ne peut ou ne souhaite pas le faire seule ;
  • et, dans certains cas, d’un métier d’accompagnement plus introspectif, lorsque le récit de vie permet au narrateur ou à la narratrice de porter un nouveau regard sur son parcours.

J’ai récemment contribué à préciser la définition de mon activité dans une certaine encyclopédie en ligne. 😉 Vous pouvez vous y référer si vous souhaitez une approche plus descriptive. Voir l’article correspondant

En tout cas, quel que soit le nom qu’on lui donne, il s’agit avant tout d’un métier d’écoute et de transmission. Concrètement, j’accompagne des personnes qui souhaitent mettre leur vie en mots, sans forcément savoir par où commencer. Faire appel à un écrivain-biographe, c’est choisir d’écrire sa vie autrement : accompagné·e, écouté·e, et avec des mots qui vous ressemblent.

Comment j’ai choisi de me désigner

Parmi toutes ces appellations, il a bien fallu choisir.

La mention de « biographe privée » me semble laisser trop d’ambiguïté avec la profession de biographe pour les personnages célèbres.

Le terme de « biographe familiale » convient, mais suggère que le livre est nécessairement destiné à une famille, ce qui n’est pas toujours le cas.

J’ai aussi une préférence pour la version anglaise : life story writer. Mais « écrivain de vie » passe moins bien en français.

Quant au terme de « prête-plume biographique pour particuliers », il me paraît simplement trop long.

Je me présente donc comme écrivain-biographe. Mais vous pouvez m’appeler Julie Lucquet, ça marche aussi bien. 😉

Et si ces mots résonnent avec une envie que vous avez depuis longtemps, je serai ravie d’en parler avec vous.
Me contacter pour parler de votre projet


Vous pouvez aussi découvrir comment se déroule un accompagnement biographique ou consulter des exemples de récits de vie ici, ou , ou encore à cet endroit, ou celui-ci.

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Pourquoi raconter une vie aide à comprendre la sienne


Dans ma page de présentation, j’écris que, petite, je passais mes mercredis à la bibliothèque. La vérité, c’est que ça n’a pas tellement changé. Une fois par semaine, je vais dégotter de nouveaux livres à dévorer : romans, témoignages, essais… Aujourd’hui, sur la quatrième de couverture d’une BD librement inspirée de l’essai de Lilian Thuram Mes Étoiles noires, j’ai lu cette citation :

Chacun de nous est le résultat d’une histoire familiale qui nous conditionne à certaines formes de pensée, à certaines habitudes, à certaines croyances : pour preuve, la grande majorité d’entre nous a la même religion que ses parents.

Chacun de nous est porteur de l’histoire du monde qui nous conditionne à reproduire les hiérarchies du passé.

L’homme a-t-il vraiment accepté de considérer la femme comme son égale ? Les Blancs ont-ils pleinement accepté de considérer les Noirs comme leurs égaux ? Les hétérosexuels considèrent-ils les homosexuels comme normaux ? Les adeptes d’une religion acceptent-ils les croyances des autres religions ou l’attitude de ceux qui ne croient pas ?

Connaître son histoire familiale est essentiel pour mieux se connaître et pour avoir une bonne estime de soi. Connaître l’histoire du monde est essentiel pour comprendre la société dans laquelle nous vivons. L’histoire explique comment les divisions se sont construites et pourquoi parfois on s’enferme ou on enferme une autre personne dans sa couleur de peau, sa sexualité, son genre ou sa religion.

N’est-il pas temps de nous libérer des conditionnements qui nous empêchent de voir en chacun de nous l’humain avant tout ?

– Lilian Thuram


Ces mots se révèlent assez proches de la pratique biographique. Histoire personnelle, héritage invisible et compréhension de soi : ces trois thèmes trouvent naturellement leur place au cœur d’une biographie. Voici pourquoi.

Les héritages invisibles de l’histoire familiale

Dès notre plus jeune âge, nous héritons de schémas familiaux, culturels et sociaux. Les mettre en mots nous permet de les voir, de les comprendre et, parfois, de nous en libérer. La biographie familiale devient alors un outil de prise de conscience et de transmission. À première vue, l’enjeu pourrait sembler individuel. Pourtant, si nous sommes façonnés par des histoires qui nous précèdent, cela implique que nous façonnons à notre tour les histoires de la génération suivante. Pour celle-ci, recevoir le récit d’un ascendant permet d’apporter un éclairage nécessaire sur sa propre vie.

Quand l’histoire du monde traverse les vies

Par ailleurs, l’histoire du monde et l’histoire familiale sont intimement mêlées. À moins de vivre en ermite complet, personne ne peut prétendre ne pas être touché par les évènements sociaux de tout type. Chaque récit de vie porte les traces d’une époque : migrations, guerres, changements sociétaux et croyances laissent leurs empreintes dans les biographies. Rédiger une histoire de vie revient dès lors à donner chair à l’histoire collective.

Le récit de vie pour relier l’intime et le collectif

Ces deux angles de vue permettent de comprendre le rôle d’une biographie dans l’assimilation d’un héritage immatériel. Grâce à un récit de vie, le lecteur obtient des clés pour dépasser les étiquettes posées sur une personne jusque-là. Cela lui donne accès à la complexité d’un narrateur/d’une narratrice et permet de la considérer dans son intégralité.

Raconter une vie, c’est souvent découvrir que notre histoire personnelle est traversée par bien d’autres histoires que la nôtre. Dans mon travail d’écrivain-biographe, j’observe souvent ce moment particulier où un narrateur ou une narratrice prend conscience de ces héritages invisibles. Un souvenir éclaire soudain un choix de vie, un héritage familial prend un sens nouveau, un évènement collectif se révèle avoir laissé une empreinte intime. Peu à peu, le récit fait apparaître les continuités, les ruptures, les transmissions. L’histoire individuelle cesse d’être une suite d’épisodes isolés : elle devient une trajectoire, inscrite dans une histoire plus vaste qui relie les générations entre elles. Dans cette perspective, raconter une vie ne revient pas seulement à préserver des souvenirs. C’est aussi une manière de mieux comprendre d’où l’on vient, ce qui nous a façonnés et ce que nous transmettons à notre tour. Mettre en récit une histoire personnelle, c’est faire apparaître les liens entre l’intime et le collectif, entre l’héritage reçu et l’héritage laissé. Et peut-être, au passage, apprendre à regarder une vie — la sienne ou celle d’un proche — avec un peu plus de nuance, de compréhension et d’humanité.

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Rentrée 2025-2026

Oui, je sais, ce titre est bizarre quand on ne travaille pas dans le milieu scolaire/universitaire. Pourtant, quand on est parent d’un enfant scolarisé, ça revient à peu près au même : on se cale sur son rythme. Bref, j’ai fait ma rentrée.

Dans les épisodes précédents

Entre janvier et juillet 2025, j’ai terminé quatre biographies. Les deux premières ont été auto-éditées par leurs narratrices, Sylvie Balys et Déborah El Ouadidi. Les deux autres sont restées confidentielles, distribuées à la famille et aux proches. Le mois d’août a été plus calme, partagé entre du travail professionnel, de la gestion familiale et les vacances bien nécessaires.

En ce moment

À ce jour, je travaille sur deux biographies actives, auxquelles se rajoutent trois contrats en suspens pour raisons de santé. Cela me libère du temps pour accepter de nouveaux contrats et travailler sur des projets laissés en plan depuis… longtemps.

Les projets professionnels

Je vous les donne en vrac :

  • Cinq articles de fond
  • Au moins une vidéo
  • Reprise des pages de présentation de mon site

Je ne fixe pas de date limite, car la rédaction des biographies est prioritaire. Cela dit, je vous tiendrai au courant de mes avancées. 😉

Bonne semaine à tous et à toutes !

Photo de Hannah Fleming-Hlll sur Unsplash
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Votre vie, une histoire unique : le rôle essentiel du biographe humain à l’ère de l’IA

Aux Assises de la Biographie, c’est un sujet qui a été abordé, mais pas débattu. Je crois que, quelque part, nous avions tous et toutes en tête que c’était une évidence et que, bien sûr, une Intelligence Artificielle ne pouvait pas écrire une biographie de la même qualité qu’un être humain. Pourtant, il y a certaines choses qui ne sont pas évidentes pour tout le monde et sur lesquelles il est utile de mettre des mots.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais préciser que je ne m’insurge pas contre l’IA. L’Intelligence Artificielle est un outil dont les avantages ne sont plus à prouver. Simplement, je pense qu’un biographe humain peut apporter au récit quelque chose qu’un modèle génératif de langage ne peut pas offrir.

Un peu d’humour ? Cette image a été produite par une IA.

L’écoute humaine irremplaçable

En tant que biographe, quand je recueille des souvenirs oraux, j’écoute intensément. Quand un élément n’est pas clair, je demande des précisions. Quand le narrateur ou la narratrice se tait, je le respecte. Puis je demande pourquoi. Qu’y a-t-il derrière ce silence ? Quelle émotion ? Quel souvenir est tout à coup remonté à la surface ? Un rire, une larme, une grimace, un froncement de sourcil, un clin d’œil, un regard qui se trouble… Ces signaux sont autant d’indices précieux. Je les capte, et cela nourrit ma compréhension de la personne qui est en face de moi et, donc, de son histoire. Cette connexion humaine unique me permet d’écrire de manière authentique. Mon travail va au-delà d’une transcription linéaire et factuelle, car il vise à rendre justice à la complexité d’une personnalité. Ambivalence des sentiments, intensité des émotions… De même que la voix, le vocabulaire et l’humour d’un narrateur ou d’une narratrice, ces éléments font partie intégrante de la subjectivité humaine et ont toute leur place dans un récit de vie.

La contextualisation indispensable

Au cours de la construction de mes biographies, je me tourne beaucoup vers mes narrateurs et narratrices pour leur demander de préciser des dates. J’insiste pour recréer une chronologie fidèle, ceci pour une contextualisation double.

  • La contextualisation par rapport à « la grande Histoire ».

Une vie se construit au sein d’une société, laquelle est amenée à traverser des périodes-clés : guerres, droit de vote pour les femmes, émeutes civiles, légalisation de l’avortement, réduction du temps de travail, confinements dus aux pandémies, etc. Quand une personne se confie à moi, je mets son histoire en perspective avec ce qu’il s’est passé cette année-là au niveau sociétal. Les décisions qu’on peut prendre avant, pendant ou après une guerre mondiale ne seront pas les mêmes. Connaître le contexte d’un choix permet de mieux en cerner les raisons.

  • La contextualisation par rapport aux étapes de la vie.

Cet aspect-là est primordial dans l’écriture d’une biographie. Le nombre d’années que l’on a au compteur lors de la prise d’une décision se lit en relation avec la phase officielle dans laquelle quelqu’un se trouve à ce moment-là : enfance, adolescence, majorité, grand âge… Souvent, c’est cohérent mais, parfois, on rencontre des situations où une petite de 10 ans va devoir prendre une décision d’adulte. Ou alors une personne adulte, du fait de son état de santé, va se retrouver dépouillée de sa capacité à faire des choix majeurs et donc être reléguée à une condition d’enfant sur le plan légal. Il est alors essentiel d’identifier ces points de divergence dans la frise chronologique de la vie d’une personne. Cela donne tout un éclairage sur le fonctionnement de celui/celle qui se raconte.

La biographie comme un reflet de l’âme.

Les IA peuvent structurer des textes entiers, mais ce qu’elles produisent manque souvent d’âme. Lors de la rédaction d’une biographie, je m’efforce de rendre la personnalité du narrateur ou de la narratrice presque palpable, vivante, touchante. Mon objectif, c’est que les proches de la personne reconnaissent sa voix entre les lignes.

Un récit de vie rédigé par mes soins n’est pas qu’un document chronologique : c’est un héritage affectif. Il transmet des valeurs, des gestes, des silences. Il donne à voir une façon d’être au monde. Cette épaisseur-là, cette sensibilité, c’est ce que j’essaie de faire passer dans l’écriture. Il s’agit de trouver les mots qui vibrent avec ce que la personne est. Chaque tournure, chaque image, chaque changement de rythme contribue à rendre le texte vivant, habité.

Par ailleurs, lors des entretiens, je ressens souvent les émotions que m’a confiées la personne. Je revis avec elle ses souvenirs, je tremble, je ris, je m’émeus. Cette implication se ressent dans le texte, comme une empreinte invisible.

Comme je le disais plus haut, les biographies que je rédige ne sont pas un simple reflet de vie en noir et blanc. Ce sont des images colorées enrichies d’une compréhension nuancée et de la profondeur émotionnelle que le narrateur ou la narratrice aura bien voulu partager. Au-delà d’un algorithme, c’est une richesse humaine mise en mots par une humaine pour d’autres humains.

Exemples de récit, Mon métier adoré

Malgré tout, je brille !

À l’automne 2023, j’ai reçu un appel d’une jeune fille, Déborah. Pleine d’entrain, elle m’a décrit son projet de publier un livre autobiographique. Elle avait 23 ans seulement, mais une vie déjà remplie d’une multitude d’évènements plus ou moins heureux. Vous avez peut-être entendu sa voix si vous avez écouté mon interview dans l’émission de radio sur France Bleu Isère, car elle faisait partie des auditeurs invités à s’exprimer ce jour-là. Mon Interview Radio : Chronique d’une Émission Sur les Biographies

Nous avons travaillé sur son livre pendant 18 mois. Déborah est pétillante, pleine de joie de vivre malgré tout ce qu’elle a traversé. C’est elle qui a trouvé le titre de son livre, et je trouve qu’il la représente parfaitement. Comme on dit, elle a le talent de raconter en riant ce qu’elle a vécu en pleurant. Déborah, c’est une histoire de résilience, d’envie farouche de s’en sortir, envers et contre tout. Je suis très heureuse de l’avoir accompagnée dans son cheminement et fière de vous annoncer la sortie de son livre Malgré tout, je brille !

Je vous laisse le lien vers le livre (disponible au format broché et en e-book) et une image de la couverture pour vous donner envie. 🙂 https://www.thebookedition.com/fr/malgre-tout-je-brille–p-416757.html

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Pourquoi j’écris toutes mes biographies à la 1ère personne ?

Vaste question que voilà. Je dirais que la réponse peut s’appuyer sur trois éléments :

  • La nature de mon travail
  • Ma méthode de travail
  • Le processus psychique à l’œuvre dans la construction du livre

La nature de mon travail

Quand on me demande mon métier, je dis que je suis écrivain-biographe. Je peux aussi dire juste biographe. C’est vrai. Et, en même temps, pas tout fait. Quand on parle d’un biographe, on peut s’imagine que c’est un écrivain/journaliste qui va interroger une célébrité pour raconter la vie de celle-ci. Ou un historien qui va faire des recherches pour compiler les hauts faits d’un militaire décédé à la guerre de 14. Par exemple. Dans ces cas-là, l’auteur du livre va décrire (de manière plus ou moins objective) la vie d’un tiers, objet de la biographie en question.

Ce n’est pas exactement ce que je fais. Dans mon travail, mes narrateurs sont vivants et me confient leur autobiographie… à l’oral. Je leur prête alors ma plume pour mettre tout cela à l’écrit et je conserve l’expression à la 1ère personne du singulier. Il/elle parle en « Je » ; j’écris en « Je ». Pourquoi ? Parce que, quand le narrateur s’épanche sur ses pensées et sentiments, il invite le lecteur dans la confidence. Conserver la 1ère personne aide le lecteur à s’identifier plus facilement au narrateur.

Par ailleurs, la manière de parler, les expressions, le vocabulaire propres au narrateur ne sont pas mis distance par une transcription à la 3e personne. À mon sens, le proche du narrateur (souvent de la famille ou un très bon ami) qui va lire l’ouvrage une fois terminé doit pouvoir dire : « Quand je lis le livre, il est là/on le retrouve/on l’entend. »

Ma méthode de travail

Ensuite, le choix de la personne utilisée dans la rédaction dépend beaucoup de ma méthode de travail. Quand je rédige une autobiographie pour une autre personne, j’essaie de me glisser dans ses chaussures, du moins le temps de l’écriture. Pour faciliter l’imprégnation, il est important de conserver une rédaction à la 1ère personne. Cela me permet aussi de tenir la bride serrée à mon imagination (que j’ai débordante, par ailleurs) et de rester au plus près de la parole de mon narrateur.

Le processus psychique à l’œuvre lors de la construction du livre.

Cette partie-là n’est pas sans faire écho à mon précédent article https://cellequilie.net/2025/03/26/la-dimension-therapeutique-dans-la-pratique-biographique/. Quelque chose de l’ordre du psychique se joue dans l’élaboration conjointe du livre : en déroulant son récit de vie, le narrateur structure ses expériences passées, avec du recul, et se les réapproprie. En résumé, il SE raconte. Rédiger ou faire rédiger son autobiographie concourt à la construction de soi. C’est quelque chose qui serait impossible si on ne conservait pas l’expression à la 1ère personne pour l’écriture.

En conclusion, si j’utilise systématiquement la 1ère personne dans mes biographies, c’est parce que je souhaite en conserver l’aspect intimiste. Il ne s’agit pas de savoir que telle personne a vécu tel évènement, mais bien de comprendre comment cette personne a été impactée par l’évènement en question. Quelles pensées l’ont traversée dans un instant-clé ? Quelles émotions l’ont bousculée ? Je suis persuadée que rédiger à la 1ère personne assure l’authenticité du récit, dans le sens où cela permet au narrateur d’exprimer SA vérité.

Auparavant, je disais que mon métier consistait à donner une voix à ceux qui n’en avaient pas. Avec sept années d’expérience maintenant, j’aurais plutôt tendance à moduler cette phrase. En réalité, mon métier consiste à rendre aux narrateurs leur propre voix.

Exemples de récit, Mon métier adoré

Une biographie de plus !

La semaine dernière, j’ai livré une biographie. Le narrateur et sa belle-fille (commanditaire de l’ouvrage) m’avaient invitée pour l’occasion. Alors que nous nous régalions d’infusions et de petites douceurs, j’ai pu remettre au narrateur (98 ans !) six exemplaires de son récit de vie.

Une demande peu habituelle pour ce récit : le narrateur a souhaité qu’il soit imprimé en A4. Par souci de confidentialité, je vous dévoile ici une version fictive de la couverture du livre. Le nom inscrit en haut est en fait celui du photographe, grâce auquel nous avons pu avoir accès à cette belle image. Le titre qui apparaît n’est pas non plus le vrai.

Photgraphie par Mick Haupt, sur unsplash.com

Je suis très heureuse d’avoir contribué à l’élaboration de cet ouvrage, qui s’est étalée sur quatre années. Merci aux deux personnes concernées (qui se reconnaîtront) pour leur confiance renouvelée. ❤

Mon métier adoré, Témoignages

Une biographie du début à la fin

Écrire. Écrire des histoires. Raconter des vies. Expliquer des choix. Dévoiler des non-dits. Rassurer et donner espoir. Transmettre un message. Revenir au début, à l’origine. Laisser mijoter. Reprendre le texte, le relire, le relier à la parole recueillie. Peaufiner pour, enfin, déposer. Voir un sourire se dessiner, un remerciement se former. L’écouter. L’accepter.

Merci à vous, Sylvie, pour cet exemplaire dédicacé qui me va droit au cœur. 🙂

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Mon Interview Radio : Chronique d’une Émission Sur les Biographies

Il y a quelque temps, j’ai été contactée par Pierre Monaton, journaliste à France Bleu Isère. Désirant organiser une émission sur le thème des biographies, il me proposait d’y participer. Je suis restée sans voix un moment. Quoi ?! Passer à la radio ?! C’était trop beau pour être vrai ! (Syndrome de l’impostrice, bonjour !) Mais ce n’était pas une blague…

Vue artistique de la scène par Dall-e 3

Aujourd’hui, 23 octobre : arrivée dans les bureaux de France Bleu Isère. Ambiance studieuse pour les quelques personnes présentes sur place. Pierre vient me chercher, m’indique la porte du studio et dit : « C’est bleu, on va pouvoir entrer. » Je le suis, et nous débarquons à la fin de l’émission en cours. Trois journalistes sont à pied d’œuvre, avec une technicienne-réalisatrice en régie. Je m’assieds en silence sur un siège libre et je regarde de tous les côtés. Cinq écrans plats disposés autour d’une table en U, chacun accompagné d’un micro et d’un casque imposants. Deux écrans encore plus grands sont fixés depuis le plafond et descendent en surplomb des vitres de séparation avec l’espace de régie. Deux poteaux s’illuminent de temps en temps en rouge ; je comprendrai plus tard qu’ils permettent de différencier les moments d’antenne ou en off.

Les journalistes du 6h-9h matinal terminent leur session, et la nôtre commence. Après une brève introduction, Pierre Monaton m’interroge sur mon métier, mais le timing est très court. Pour respecter la programmation prévue par la radio (publicités, jingles, chansons, etc.), nous devons faire rentrer les questions-réponses en 5 minutes grand maximum. Exercice difficile pour moi, qui aime rentrer dans les détails ! Puis, des auditeurs appellent et livrent leur témoignage. Là aussi, devoir les cantonner à 5 minutes est un crève-cœur. Il y aurait tellement de questions à poser, tellement d’émotions à recevoir ! Au fil des minutes, nous recevons en ligne Franck, Nours, Déborah (une de mes narratrices qui avait accepté de témoigner en direct) et Bernard. Au cours des pauses imposées, nous gérons les aspects techniques : rectification de la position de mon micro, hausse du volume du haut-parleur pour que je puisse entendre les auditeurs correctement, préparation des questions suivantes, etc. Après une dernière ligne droite de questions-réponses, l’émission se termine déjà. Je n’ai pas vu passer l’heure et quart qu’a duré l’épisode.

Je ressors des locaux de France Bleu Isère avec l’impression d’avoir couru plusieurs sprints. D’une certaine manière, c’est le cas. Au cours d’une émission de radio, on court… après le temps. Tout est chronométré à la seconde. Journalistes et régie se passent le relais si rapidement qu’on ne sait plus où donner de la tête. Je suis admirative devant leur travail si synchrone !

Très rapidement, le replay de l’émission est disponible en ligne : https://www.francebleu.fr/emissions/bienvenue-chez-vous-par-france-bleu-isere
Je réécoute l’émission, fais circuler le lien de replay sur Facebook, envoie un mail à Pierre et à Déborah pour les remercier à nouveau, puis m’attelle à l’écriture de cet article. Sachant que j’ai aussi une biographie en cours de finalisation sur laquelle travailler cet après-midi, je crois que je vais bien dormir ce soir, moi…

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Un chouette déplacement dans le Sud

Cet été, j’ai eu la joie d’effectuer un déplacement dans le Sud. Pour moi, c’est revenir près de mes racines, car il faut savoir que j’y ai grandi. Quand j’y retourne et que je discute un peu avec ma famille, j’en reviens toujours avec l’accent, alors que je vis à Grenoble depuis dix-sept ans !

Pour l’occasion, je n’y suis pas allée pour voir ma famille, mais pour rencontrer un de mes narrateurs. Basé au Vietnam, il ne revient en France qu’une fois par an. Comme les circonstances ne se prêtaient pas à ce qu’il voyage jusqu’à Grenoble pour faire avancer son livre, cette année, c’est moi qui ai fait le trajet pour réaliser les entretiens. Oui, la visio, c’est bien, mais ce n’est pas forcément la solution la plus adaptée à chaque fois ! Bref, je suis descendue à Sète.

Photo de Pierre Goiffon sur Unsplash

Joli coin, n’est-ce pas ? 😉

Pour ce déplacement, qui était contraint dans le temps pour certaines raisons, mon narrateur et moi avons fait le choix de travailler beaucoup en peu de jours. Le premier jour, après une matinée de travail complète, nous sommes allés prendre le déjeuner dans un restaurant non loin. Je ne vais pas vous faire une critique du restaurant, mais allez-y sans crainte, c’était copieux et délicieux. Après cette pause revigorante, nous sommes repartis pour une après-midi de travail avec, en finalisation, la rencontre du professionnel qui interviendra pour l’impression du livre. Le lendemain, quelques dernières vérifications sur le texte, et c’était déjà l’heure de repartir… En soi, je pourrais arrêter là cet article, et vous vous diriez que ce déplacement en valait la peine… Mais non, c’est allé plus loin que ça !

Ce déplacement a été organisé au mois de juin. Or, la semaine précédant mon voyage, en août donc, j’ai reçu un texto d’une narratrice m’indiquant qu’elle se trouvait à Balaruc-les-Bains pour prendre un peu de repos et qu’elle avait donc du temps pour reprendre la lecture de ma dernière livraison. Quelle coïncidence ! (Balaruc-les-Bains est situé juste à côté de Sète.) Sachant que je n’avais jamais rencontré cette narratrice jusque-là, j’étais plus qu’heureuse de voir cette opportunité se présenter. Quelques textos plus tard, nous nous étions mises d’accord pour nous retrouver autour d’un verre en bord de plage. Quel plaisir de pouvoir faire le point sur l’avancée de son livre dans un si beau cadre ! Le ciel bleu, le vent, le bruit des vagues…

Mais ce n’est pas tout… Le jour de mon départ, alors que je rendais les clés de ma chambre d’hôtel, mon téléphone a sonné : une ancienne narratrice. Après avoir échangé quelques nouvelles, j’ai appris qu’elle se trouvait justement à Balaruc ! Quand on dit que le monde est petit ! Disposant d’un peu de temps avant de devoir reprendre la route, j’ai sauté dans ma voiture de location pour les rejoindre, elle et son mari, à une terrasse de café. C’était un très bon moment et, encore une fois, un vrai bonheur que de rencontrer enfin cette narratrice, dont le livre est déjà terminé, en chair et en os !

Alors, je dis souvent que j’adore mon travail mais, là, je crois que j’ai eu une chance incroyable ! Je ne désespère donc pas de pouvoir rencontrer un jour mes autres narrateurs et narratrices disséminé·es partout en France ! Lille, Auch, Saint-Étienne, Guebwiller, Sallanches… Tout est possible !