Mon métier adoré

Pourquoi raconter une vie aide à comprendre la sienne


Dans ma page de présentation, j’écris que, petite, je passais mes mercredis à la bibliothèque. La vérité, c’est que ça n’a pas tellement changé. Une fois par semaine, je vais dégotter de nouveaux livres à dévorer : romans, témoignages, essais… Aujourd’hui, sur la quatrième de couverture d’une BD librement inspirée de l’essai de Lilian Thuram Mes Étoiles noires, j’ai lu cette citation :

Chacun de nous est le résultat d’une histoire familiale qui nous conditionne à certaines formes de pensée, à certaines habitudes, à certaines croyances : pour preuve, la grande majorité d’entre nous a la même religion que ses parents.

Chacun de nous est porteur de l’histoire du monde qui nous conditionne à reproduire les hiérarchies du passé.

L’homme a-t-il vraiment accepté de considérer la femme comme son égale ? Les Blancs ont-ils pleinement accepté de considérer les Noirs comme leurs égaux ? Les hétérosexuels considèrent-ils les homosexuels comme normaux ? Les adeptes d’une religion acceptent-ils les croyances des autres religions ou l’attitude de ceux qui ne croient pas ?

Connaître son histoire familiale est essentiel pour mieux se connaître et pour avoir une bonne estime de soi. Connaître l’histoire du monde est essentiel pour comprendre la société dans laquelle nous vivons. L’histoire explique comment les divisions se sont construites et pourquoi parfois on s’enferme ou on enferme une autre personne dans sa couleur de peau, sa sexualité, son genre ou sa religion.

N’est-il pas temps de nous libérer des conditionnements qui nous empêchent de voir en chacun de nous l’humain avant tout ?

– Lilian Thuram


Ces mots se révèlent assez proches de la pratique biographique. Histoire personnelle, héritage invisible et compréhension de soi : ces trois thèmes trouvent naturellement leur place au cœur d’une biographie. Voici pourquoi.

Les héritages invisibles de l’histoire familiale

Dès notre plus jeune âge, nous héritons de schémas familiaux, culturels et sociaux. Les mettre en mots nous permet de les voir, de les comprendre et, parfois, de nous en libérer. La biographie familiale devient alors un outil de prise de conscience et de transmission. À première vue, l’enjeu pourrait sembler individuel. Pourtant, si nous sommes façonnés par des histoires qui nous précèdent, cela implique que nous façonnons à notre tour les histoires de la génération suivante. Pour celle-ci, recevoir le récit d’un ascendant permet d’apporter un éclairage nécessaire sur sa propre vie.

Quand l’histoire du monde traverse les vies

Par ailleurs, l’histoire du monde et l’histoire familiale sont intimement mêlées. À moins de vivre en ermite complet, personne ne peut prétendre ne pas être touché par les évènements sociaux de tout type. Chaque récit de vie porte les traces d’une époque : migrations, guerres, changements sociétaux et croyances laissent leurs empreintes dans les biographies. Rédiger une histoire de vie revient dès lors à donner chair à l’histoire collective.

Le récit de vie pour relier l’intime et le collectif

Ces deux angles de vue permettent de comprendre le rôle d’une biographie dans l’assimilation d’un héritage immatériel. Grâce à un récit de vie, le lecteur obtient des clés pour dépasser les étiquettes posées sur une personne jusque-là. Cela lui donne accès à la complexité d’un narrateur/d’une narratrice et permet de la considérer dans son intégralité.

Raconter une vie, c’est souvent découvrir que notre histoire personnelle est traversée par bien d’autres histoires que la nôtre. Dans mon travail d’écrivain-biographe, j’observe souvent ce moment particulier où un narrateur ou une narratrice prend conscience de ces héritages invisibles. Un souvenir éclaire soudain un choix de vie, un héritage familial prend un sens nouveau, un évènement collectif se révèle avoir laissé une empreinte intime. Peu à peu, le récit fait apparaître les continuités, les ruptures, les transmissions. L’histoire individuelle cesse d’être une suite d’épisodes isolés : elle devient une trajectoire, inscrite dans une histoire plus vaste qui relie les générations entre elles. Dans cette perspective, raconter une vie ne revient pas seulement à préserver des souvenirs. C’est aussi une manière de mieux comprendre d’où l’on vient, ce qui nous a façonnés et ce que nous transmettons à notre tour. Mettre en récit une histoire personnelle, c’est faire apparaître les liens entre l’intime et le collectif, entre l’héritage reçu et l’héritage laissé. Et peut-être, au passage, apprendre à regarder une vie — la sienne ou celle d’un proche — avec un peu plus de nuance, de compréhension et d’humanité.

Pensées

Se recentrer

Bonjour à tous !

Nous voici arrivés dans une « drôle » d’époque… En décembre dernier, quelqu’un m’a dit avoir l’intuition que mon année 2020 serait placée sous le signe de la famille. Je ne pensais pas devoir l’interpréter si littéralement 😉 Pourtant, je suis bien confinée chez moi avec ma petite famille : un huis clos de 15 jours minimum avec un enfant de 5 ans… Mon fils ne comprend pas, bien sûr, que son père et moi ne sommes pas en vacances et que nous devons travailler.

Hormis ces petits détails, qui nécessitent surtout de l’organisation pour varier (très) régulièrement les activités, j’ai la chance de ne pas être surprise par l’aspect « télétravail ». Cette manière de fonctionner constitue mon quotidien depuis quelques années ; j’en ai l’habitude. Pour les 10 % de mon travail qui nécessitent effectivement des entretiens en présentiel, j’utilise des logiciels comme Skype ou Zoom. D’ailleurs, je prédis (sans trop de risques de me tromper) un essor phénoménal de la visiophonie dans les semaines à venir !

Pour tout vous dire, habituellement, quand je tombe malade, cela signifie pour moi qu’il est temps de faire une pause. C’est comme si mon corps me disait : « Attention ! Tu vas trop vite, lève le pied ! Tu ne m’entends pas ? Bon, je t’envoie une petite angine pour faire passer le message. » Dans ces moments-là, je me pose, forcée de m’accorder un temps précieux. Cela me permet d’observer ma vie avec du recul. Quand je suis guérie, je reprends les rênes, plus attentive à la manière dont je fais avancer mon véhicule.

D’un point de vue « philosophique », je vois dans ce coronavirus une métaphore à grande échelle. Comme si notre planète nous disait : « Attention, l’Humanité ! Tu vas trop vite, lève le pied ! Tu ne m’entends pas ? Bon, je t’envoie une nouvelle maladie pour faire passer le message. » Et voici l’Humanité contrainte d’arrêter les véhicules (et la pollution qu’ils engendrent) et de prendre son temps. Je souffre pour les décès et les souffrances que le virus occasionne. Je souhaite de tout mon cœur que l’Humanité profite de cette période pour prendre du recul  : sur la manière dont elle gère la planète qui la fait vivre et sur la manière dont elle se comporte avec les êtres humains dont elle est constituée. En réalisant ce qu’elle a à perdre, peut-être que l’Humanité se rappellera de prendre soin de ce qui n’a pas de prix.

Je vous embrasse (Virtuellement, il n’y a pas de danger, promis !) Prenez bien soin de vous ❤